Primeurs

Crédits : Maria et les vies rêvées ⋅ Coproduction Ubus Théâtre, 2019 • Photos: Mario Villeneuve

Primeurs

Rencontre avec Philippe Soldevila, juin 2020

Le chemin de la création

Nous voulons partager avec vous notre cheminement dans nos futurs processus de création. Ce qui nous anime et nous attire dans la création, ce vers quoi la compagnie pense tendre dans les prochaines années (des projets en cours de création aux idées de productions futures) sans toutefois que toutes les informations qui vont se retrouver sur cette page soient des engagements concrets. La création est une forme de travail toute en mouvance et selon différents facteurs (de diffusion, de direction artistique, de collaboration, etc.), il se pourrait que l’ordre ou les directions de ces projets soient sujets à changement.

Mais nous voulons que vous puissiez être témoins du parcours artistique et créatif de chacun des projets futurs de la compagnie. De l’idée à la réalisation en passant par la documentation, les questions et le processus créatif.

Les jumeaux d’arcadie

Pièce en cours de création

Pièce de théâtre musical en coproduction avec le Théâtre Populaire d’Acadie (TPA), Pupulus Mordicus et Tutta Musica.

« L’idée de faire du théâtre musical est arrivée par (un heureux) accident. Allain Roy, le directeur artistique du Théâtre Populaire d’Acadie, m’avait proposé de faire la mise en scène de trois contes mis en musique par Jean-François Mallet, dans le cadre d’un projet intitulé provisoirement Contes d’ici, contes d’ailleurs.

Mais au fil des lectures, je me suis demandé ce que la mise en scène pourrait apporter de plus que les images mentales produites par les contes et la musique. Pourquoi ne pas y aller à fond et créer un spectacle musical en écrivant une pièce, une fable? »

Si j’ai sauté à pieds joints dans cette aventure, c’est parce que ça faisait un moment que je faisais des fictions biographiques et j’avais envie d’aller creuser ailleurs, dans un autre univers. Avec Les jumeaux d’Arcadie, je peux aller dans la fantaisie, dans l’invention pure, c’est quasiment aux antipodes de la fiction biographique où on va dans l’intime et dans la simplicité.

Là, je me retrouve avec plusieurs personnages, des marionnettes, des gens qui chantent et un décor, immergés complétement dans la fiction.

Après avoir clos le Triptyque Acadien et la Trilogie d’une émigration, j’avais besoin de nous emmener ailleurs (vous public et moi) pour rafraîchir notre regard. »

LA VIE EST UN SONGE de Calderón de la Barca

Pièce en cours d’idéation

Drame philosophique de 1633 considéré comme l’un des chefs d’œuvre du Siècle d’or, cette «comedia» espagnole sera l’objet d’une adaptation totalement libre.

Un roi, afin de déjouer la prédiction des astres qui lui annonçaient la naissance d’un fils violent et tyrannique, enferme ce dernier, héritier du trône, dès sa naissance, dans une sombre prison. Maintenant vieillissant et sans successeur, le Roi se met à douter de son choix. Il orchestre alors une mise en scène : on endort son fils dans sa prison au moyen d’une puissante potion; à son réveil, il sera -comme si de rien n’était- considéré comme le roi. Si son comportement est digne et pacifique, on fera persister la mise en scène et il restera roi; s’il s’avère être mauvais et violent –tel que prédit par les astres- il sera remis dans son lit. … Et à son réveil, on lui fera croire que « tout ceci n’aura été qu’un rêve… »

 

 
Pour nous qui naviguons avec assiduité en ces zones troubles séparant vérité et mensonge (Le Magicien Prodigieux, Santiago, Bhopal, Les véritables aventures de Don Quichotte de la Mancha, etc.), et fiction et réalité (Le Triptyque acadien, La Trilogie d’une émigration, Maria et les vies rêvées), cette création servira de tremplin à l’exploration de nos fascinations dramaturgiques et existentielles les plus profondes…

Mais l’histoire – et l’intérêt pour nous- de cette pièce ne s’arrête bien sûr pas là. Car sous le regard toujours actuel, politique, voire sociologique, que Calderón pose sur la situation, le fils du roi se révèlera évidemment tyrannique et violent, lui qui n’a connu de l’existence que la laideur, la souffrance, la solitude et la désespérance.

« Comment être bon, si de la vie, on ne connaît rien sauf la marginalisation? »

LES LIVRES DE MON GRAND-PÈRE
ou Mon yayo était maxiste

Pièce en cours d’idéation

Cette création pourrait constituer l’une de nos aventures les plus périlleuses, tellement le champ d’investigation y est vaste. Sans affirmer avec certitude que ce travail deviendra une œuvre à plusieurs volets comme nos précédentes trilogies, je pressens que le potentiel s’y retrouve…

Mon yayo était maxiste est une pièce autour de la vie et l’œuvre de Max Aub, que mon père, professeur de littérature espagnole, a très bien connu et avec qui il a entretenu une foisonnante relation épistolaire.

Max Aub, l’auteur aux quatre nationalités, trois guerres et autant d’exils, incarne à lui seul l’histoire de l’Europe du 20ième siècle.

J’ai envie de raconter la grande histoire à travers la petite histoire parce qu’on est dans un contexte social tendant vers de plus en plus d’extrémisme et de totalitarisme. Il existe toute une mouvance qui crée deux pôles de pensée, comme en Espagne au début du 20ème siècle, des explosions d’idées pour créer un monde meilleur, de la même manière qu’aujourd’hui.

 Car tout est là, prêt à exploser à nouveau.

L’idée sera de créer un lien entre mes enfants et leur grand-père, qui s’est attelé à raconter l’histoire d’un auteur (Max Aub) qui a parlé de l’impact d’une guerre sur les êtres humains. Nous ferons le pari de raconter, à travers une petite histoire, la grande Histoire, à l’heure où il nous apparaît essentiel de se souvenir. Tout est là, prêt à exploser à nouveau.